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vendredi 13 octobre 2017

MATHIEU TERENCE : Mina Loy, éperdument

Arthur Cravan
"Il y a ceux pour qui la vie est une folie et ceux pour qui elle est une sottise. Pour les créature de l'espèce de Mina, la vie est une aventure qui est ce que chacun y met."

Elle conçoit la vie comme un art de vivre. 
Mina a été l'héroïne de sa vie : une femme libre !
Mabel Dodge
Après avoir lu Gabriële, j'ai voulu m'intéresser à Mina Loy une femme moderne et éprise d'aventure. Elle est née Mina Lowry dans l'Angleterre victorienne et morte dans l'Amérique des sixties. Elle s'est mariée jeune à un mari qui lui convenait pas.  Elle n'a pas été une bonne mère, tout comme sa mère, elle n'a pas la fibre maternelle. Elle aura quatre enfants dont deux mourront sans qu'elle les ait vraiment connus.  Aussi,  elle a vécu avant la première guerre mondiale à Florence en 1907.  Elle fait connaissance de Mabel Dodge et de Gertrude Stein. " Après un court séjour à Paris, Mabel revient en compagnie de Gertrude Stein et de son frère Léo. Il leur parle de ses dernières découvertes : Picasso et Matisse. Gertrude, qui Mina écoute respectueusement, déclare que Picasso lui a fait voir le monde autrement."
HenriPierre Roché - Picadia et Beatrice Wood
William Carlos Williams



En 1916, la guerre est déclarée Mina débarque à New York. Où, elle se rendra aux soirées des Arensberg des collectionneurs. A ces soirées, Mina fait connaissance avec tout le milieu artistique de l'époque : Marcel Duchamp, Varèse, Picabia. "Duchamp est l'éminence grise des Arensberg. " Duchamp est très proche de Henri-Pierre Roché. Elle rencontre aussi William Carlos Williams. C'est le 19 avril 1917 que Mina fait la connaissance d'Arthur Cravan  de son vrais nom : Fabian Lloyd, il est "poète-boxeur" neveu d'Oscar Wilde. Ils vont  au Mexique où il disparaît en mer. Elle a un enfant de lui, une fille Fabienne Jemina Lloyd. Ensuite, elle rentre en Europe, elle retourne à Florence entre autre. 
Djuna Barnes
Elle a une liaison avec Djuna Barnes. 
Elle rencontre Freud. Après guerre elle se rend en 1922 à Berlin, ville en plein bouillonnement russe. Puis en 1923, elle est à Paris elle fait la connaissance de Robert McAlmon grâce à ceux dernier elle publie " Le Baedeker lunaire."Elle rend visite à Gertrude Stein, elle fréquente la librairie Shakespeare &;Co. Lors d'une réunion chez Sylvia Beach elle fait la connaissance de Nathalie Barney. La vie de Mina est un tourbillon de rencontres, d'aller et venue entre l'Amérique et l'Europe.  

La personnalité de Mina Loy est fascinante, tout comme le bouillonnement culturel de l'époque. Par contre, je n'ai pas été séduite ni sous le charme de l'écriture de Mathieu Terence. 

mercredi 11 octobre 2017

ANNE ET CLAIRE BEREST : Gabriële



Un gros coup de coeur passionnant ! 

Elles dressent un portrait de leur arrière grand mère au destin hors norme. Ce récit s’étale sur une courte période, de 1908 ( la rencontre entre Gabriële et Francis) à 1919, naissance de leur grand-père Vicente. L'histoire de Gabriële et Francis se déroule entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez.  Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques.
 Elle est avant son mariage une femme indépendante, compositrice. Elle ne rentre pas au Conservatoire de Paris car les femmes n'y ont pas accès. Mais, elle est admis à Schola Cantorum. 
Edgar Varése
Ensuite elle part à Berlin où elle rencontre Varése.
"Edgar est plus jeune que Gabriële, il n'a que 23 ans. Elle en a 25. Le jeune homme voit en elle un repère une balise dans le flot bouillonnant de sa création . Varèse est un artiste encore malmené par ses propres fulgurances."Elle retrouvera Varése à New York et grâce à lui elle découvre le jazz.
En septembre 1908, Gabriële Buffet est une femme indépendante et musicienne. Elle n'a aucune envie de se marier et d'avoir des enfants. Elle rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse, un amoureux pas que des belles femmes mais aussi des voitures. Il a aimé faire les fêtes, de brûler la vie par les deux bouts. "- Il faut que vous compreniez que la peinture est devenue pour moi un travail absurde ! lui dit-il. De quoi me payer suffisamment d'alcool la nuit, pour oublier que je dois peindre le jour. Tout cela me fait horreur. Si vous rentrez à Berlin aujourd'hui, je vais m'arrêter de peindre. Ce sera votre faute. J'ai besoin de vous. Mes pensées me disent où je me trouve ; mais elles ne m'indiquent pas où je vais . Vous ne pouvez pas partir. Vous êtes la seule personne qui puisse m'aider."
Ils se marient en 1909 à Versaille. Et le lendemain de leur mariage, ils partent à Saint Tropez, puis en Espagne. Francis Picabia comme Cocteau va se donner à l'opium.


Francis Picabia - Gabriële - Apollinaire


Caoutchouc


  Elle a été la maîtresse de Marcel Duchamp et l'amie de Guillaume Apollinaire.

Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux. 
Caoutchouc est une peinture musical.

Marcel Duchamp
"Avec Caoutchouc , fruit de la pensée musicienne de Gabriële, Francis Picabia peint l'une des premières "peintures abstraites de l'histoire de l'art". Sans le savoir, et surtout sans jamais le revendiquer, Gabriële s'affirme comme un "personnage de premier plan du mouvement des arts" et exerce sur Francis Picabia "une profonde influence libératrice."
.La rencontre entre Marcel Duchamp et de Francis Picabia. 
Le nu descendant l'escalier
" Ils partagent le goût des icônes que l'on brise, de l'art de l'ironie et de l'ironie de l'art, des blagues en toutes circonstances et de la mort de Dieu. Certes, ils ont dix ans d'écart et tout les sépare. L'un débarque d'une famille douce et aimante de notables de province, l'autre descend de l'aristocratie fortunée et asphyxiée, qui méprise sa propre fortune. Le jeune Duchamp est secret, délicat, et empreint d'une modestie feutrée, Picabia est bruyant, impudique flambeur et flamboyant. "


Marcel Duchamp :  1911
jeune homme triste dans un train


Picabia : 1912 Figure triste


" Marcel et Francis, nourris l'un de l'autre, sont en pleine fureur créative. Leurs préoccupations artistiques sont déchaînées, radicales, électrisantes" Francis Picabia est un artiste de génie. Il est maniaco-dépressif. Il collectionne les femmes, il a une relation avec Isora Duncan. Quand ils vont à New York c'est sans leurs enfants car ils les empêchent, cela  nuit à la créativité du peintre. Picabia avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Gabriel  prend en main la carrière de son mari, notamment à New York car elle parle très bien anglais et allemand. Il se trouve qu'elle est très à l'aise dans la   communicante. Gabriële et Francis fréquentent le tout-Paris et le tout-New York aussi.
Mabel Dodge
Alfred Stiegliz
A New York, ils rencontre Mabel Dodge.  " Mabel est une riche héritière, fille de Charles Ganson, un banquier prospère de Buffalo. Mariée à  21 ans, joyeusement veuve à l'âge de 23 ans , elle entame, durant son deuil, une liaison avec le plus célèbre gynécologue de Buffalo" Elle va monter un salon sur le modèle de Gertrude Stein. Elle accueille les Picabia. C'est chez Mabel qu'il rencontre Alfred Stiegliz un galeriste new-yorkais qui s'intéresse aussi à la photographie. "Stieglitz et Picabia ont tout pour se plaire. Encore une fois, Gabriële facilite les choses, car Alfred a vécu à Berlin pendant ses études, et les conversations peuvent ainsi passer d'une langue à une autre. Les sujets de discussion tournent naturellement autour de l'opposition entre peinture et photographie. "
Les Picabias se rendaient aussi chez les Arensberg, où Gabriële retrouve Varése, ils font la connaissance d' Arthur Cravan. Ce dernier donne des conférences avec Marcel Duchamp qui font scandales.




De gauche à droite: Beatrice Wood , Joseph Stella (à la guitare), Edgard Varèse, Arthur Craven ( aupremier plan), Mina Loy, Elmer Ernst Southard (debout), Albert Gleizes, Juliette Roche, Louise Arensberg, Walter Arensberg, Marcel Duchamp , Francis Picabia (jouant aux échecs), John Covert (debout) Gabrielle Buffet Picabia, Man Ray (debout), Herni-Pierre Roché, la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven .
Durant le printemps 1916, Gabriële part seule voir ses enfants en Suisse. Et sur le bateau qui la ramène en Amérique à New York, elle fait la connaissance d'Elsa Schiaparelli. "Arrivéees à New York, les deux femmes n'ont plus envie de se quitter."   
Gabriële a de l'affection pour Arthur Cravan.
Arthur Cravan
" Elle s'inquiéte pour lui. Sans argent, il erre dans la ville, dormant chez les uns, chez les autres. Quand le temps est doux , il lui arrive de dormir à l'entrée d'une station de méto qu'il a rebaptisé sa "villa" - parfois il dort à la belle étoile, dans Central Park. Gabriële lui donne de l'argent pour le sortir de l'embarras et lui propose de l'accueillir chez eux. Il lui répond avec une gentillesse désarmante qu'il préfère son jardin de Central Park : " Les écureuils sont devenus mes amis, ils couchent dans mes poches."
"Gabriële est une traversée de tous les courants artistiques du moment : futurisme, dadaïsme, cubisme, surréalisme…
Un portrait de femme, mais d'artiste hors norme. Gabriële. C’est une femme libre, intelligente, anticonformiste qui passera plus de temps à aider son mari qu’à s’occuper de ses quatre enfants. Son absence d’instinct maternel explique en grande partie pourquoi elle a laissé aucune trace dans l'histoire familiale d'Anne et Clair. Aussi,  elle a été injustement effacé par l'histoire de l'art. De sa musique, il ne reste rien"Pourtant, il ne nous reste rien aucune oeuvre, aucune partition, pas même le titre d'un musical. Or , il est certain que Gabriële Buffé a composé durant ses dix années d'étude."  

Ce livre écrit à quatre mains est une véritable réussite à mon goût. J’ai apprécié qu’en fin de certains chapitres, on assiste à leurs  propres interrogations  au fur et à mesure de leurs recherches.  il permet de découvrir des artistes méconnus de nos jours me semble t-il , tout d'abord la peinture de Picabia et celle de Marcel Duchamp. Les soeurs Berest ont su évoquer la mémoire de leur arrière grand-mère,  une femme exceptionnelle, majestueusement et avec pudeur. Aussi elles ont fait revivre toute une époque, et elles nous plongent  dans le bouillonnement artistique du début du XXe siècle. 

samedi 7 octobre 2017

HENRY JAMES : Le tour d'écrou

Traduction Nemer

J'avais déjà lu ce célèbre roman d'Henry James, il y a fort longtemps, bien avant la création de ce blog. 

C'est une histoire de fantôme ou bien une histoire de fantasme

Paru en 1898 comme un conte de Noël macabre, The Turn of the Screw a eu aussitôt un grand impact public, et c'est demeuré une des œuvres les plus célèbres et le plus commentées de son auteur.

Le narrateur assiste à la lecture du journal d'une gouvernante. La jeune femme a été engagée par un riche célibataire pour s'occuper de ses neveux , Flora et Miles. Orphelins. Ils demeure à Bly dans une vaste propriété isolée à la campagne.

Il ne veut en aucun cas être dérangé. La jeune femme arrive dans ce manoir, elle est sous le charme de cette demeure par sa grandeur. Elle fait la connaissance de MissGrosse et de Flora dans un premier temps et ensuite de Miles. Ce dernier a été renvoyé de son pensionnat pour une raison que la nouvelle gouvernante ignore. Elle est sous le charme de la délicatesse des enfants innocents, à la fois mi-ange, mi-démons. Un jour, alors qu'elle se trouve dans le jardin, elle remarque un homme inquiétant au haut d'une tour. Il s'agit du fantôme de Quint l'ancien valet, un personnage inquiétant. Puis, par la suite elle voit un deuxième fantôme qui se trouve être Miss Jessel l'ancienne gouvernante des enfants. Ces deux fantômes sont décédés avant l'arrivée de la gouvernante. Il pourrait toujours exercer sur les enfants une attirance maléfique. La nouvelle gouvernante essaye de les en détourner. Miss Grosse essaye de faire comprendre à la gouvernante que les enfants sont des innocents tout simplement, ceux ne sont pas de petit démons. La demeure serait elle hantée ???
La  force du roman tient à sa constante ambiguïté : les fantômes sont précisément décrits comme des apparitions réelles ne le sont qu'à travers le regard  de la gouvernante. Il se peut même certainement d'hallucinations  hystériques  ou réelles. 

J'ai adoré relire ce roman de James, qui est passionnant à tout point de vue. 


de Jack Clayion avec Deborah Kerr
scénario et de Truman Capote

Une adaptation fantastique, envoutante ! 
A la fin du XIXe siècle en Angleterre, Miss Giddens arrive en diligence elle rentre dans un autre monde où tout est grand et spacieux. La demeure est isolée, c'est un manoir, il ressemble à une maison hanté : néo gothique. Quand elle rentre dans la maison, elle est impressionnée par cette ambiance victorienne, elle est sous le charme le plus complet tout est magnifique ainsi que les enfants. 


Et puis très vite, elle s'aperçoit que l'a maison est hanté de fantômes. Elle apprend que la précédente préceptrice, Miss Jessel, a eu une relation avec le valet Quint, et que tous deux sont morts dans d'étranges circonstances. Peu après, elle commence à voir apparaître leurs fantômes dans le manoir et le jardin.
Ce film est en noir et blanc, l'atmosphère est mystérieuse joue sur le bien et le mal.
Les apparitions de Miss Jessel près du lac et celle du valet Quint sont digne des films d'horreur. Le film oscille entre le bien et le mal. Le personnage de la gouvernante va évoluer, elle passe à celui d'enjoué à celle de l'hystérie. 


  

Un très beau passage dans le film quand la gouvernante est  en chemise de nuit un chandelier à la main.  Elle  entend le bruit des étreintes auxquels se livraient Quint et Miss Jessel. 


Ce film est merveilleux dans son esthétisme, je le rapprocherai à Rebecca d'Hitchcock. 

mardi 26 septembre 2017

GERTRUDE STEIN : AUTOBIOGRAPHIE D'ALICE TOKLAS


 Traduction Bernard Faÿ

" Il y a six semaines environs Germain Stein m'a dit "On dirait que vous n'allez jamais vous décider à écrire cette autobiographie. Savez-vous ce que je vais faire ? Je vais l'écrire pour vous. Je vais l'écrire tout simplement comme Defoe écrivit l'autobiographie de Robinson Crusoé." C'est ce qu'elle a fait et que voici."
Toutes les deux sont américaines. Alice est originaire de la Californie San Francisco et Gertrude est originaire de Pensylvanie. Alice Toklas a très bien connu Gertrude Stein, elle a été sa confidente (c'est la narratrice) nous livre les mémoires de cette femme mécéne ami des artistes, mais aussi femme de lettres. 
Gertrude Stein naît  en 1874, au sein d’une famille juive aisée. Elle est la cadette. Lorsqu’elle a quatorze ans, son père est décédé  elle passe sous la tutelle de ses frères, Michael et Leo avec qui  elle a grandit à San Francisco. La famille Stein devient d'important collectionneur de l'art moderne et ils sont les mécénes de Matisse et Picasso surtout : deux grands artistes de l'époque.  
Michael l'ainé est marié avec Sarah, ils viendront s'installer à Paris : rue Madame, tout en étant pas loin de Leo et de Gertrude. Avant de venir à Paris, Sarah aimait les tableaux de Matisse elle en possédait trois. 
Vollard par Cézanne 
En 1903, Leo et la soeur louent un petit appartement au 27, rue de Fleurus (adresse destinée à devenir mythique) et fréquentent les cercles de peintres parisiens et notamment le milieu de l'avant-garde artistique. L’année suivante, Leo, qui manifeste un intérêt très vif pour Cézanne. Le marchand de tableau qui possédait des Cézanne était Vollard. "Les Stein demandèrent à voir des Cézanne. Vollard pris un air moins lugubre et devint fort poli. Comme ils le découvrir ensuite, Cézanne était la grande aventure de la vie de Vollard. "

Gertrude et Alice fréquentent le milieu artistique étaient amies des peintres et des écrivains entre autre de Picasso, Braque, Juan Gris, Marie Laurencin, Max Jacob, Le Douanier Rousseau.

"Matisse avait une
 grade virilité étonnante qui
 produisait toujours une impression délicieuse quand on ne l'avait pas vu depuis quelque temps. ""Gertrude Stein et son frère allaient souvent voir les Matisse et les Matisse venaient sans cesse voir les Stein." " Matisse et Picasso furent alors présentés l'un à l'autre par Gertrude Stein et ils devinrent amis, mais ils furent aussi ennemis. Maintenant ils ne sont plus ni amis ni ennemis. Alors ils étaient l'un et l'autre. Ils échangèrent des tableaux , comme on le faisait alors entre peintres. "

" Petit à petit les gens se mirent à venir rue de Fleurus pour voit Matisse et les Cézanne, Matisse amenait des gens et chacun amenait des gens, et il venait des gens tout le temps et ça finissait par être intolérable ; c'est aussi à ce moment-là que Gertrude Stein prit l'habitude d'écrire pendant la nuit . Avant onze heure du soir elle ne pouvait jamais être sûr que quelqu'un ne viendrait pas frapper à la porte de l'atelier"

" Dans l'atelier il y avait aussi un portrait de Gertrude Stein par Valloton, qui avait l'air d'un David mais n'était pas un David, il y avait un Maurice Denis, un petit Daumier beaucoup d'aquarelles de Cézanne ; en somme, il y avait de tout, il avait même un petit Delacroix et un Greco un peu plus grand". 

"Quand il peignait un portrait il faisait le haut, en descendant toujours. Gerrude Stein disait que ça donnait l'impression d'un rideau qui s'abaisse aussi doucement que se déplace un glacier suisse, ainsi Valloton enlevait graduellement le rideau et quand il arrivait au bas de la toile, il n'y avait plus de rideau, il y avait un portrait."



Claribel Cone Gertrude Stein Etta Cone

Claribel et Etta Cone étaient des cousines de Gertrude Stein. Elles l'ont aidé Gertrude pour taper à la machine son roman Three Lives.  "Etta Cone trouvait les Picasso ahurissants et romanesques. Gertrude l'emmenait chez eux chaque fois que Picasso avait épuisé toutes ses ressources et tous ses amis, et Etta Cone ne faisait alors nulle difficulté pour lui acheter une centaine de francs de dessins"



" Matisse et Picasso furent alors présentés l'un à l'autre par Gertrude Steinet ils devinrent amis, mais il furent aussi ennemis. Maintenant il ne sont plus ni amis ni ennemis. Alors ils étaient l'un et l'autre. Ils échangèrent des tableaux comme on le faisait alors entre peintres. Chacun des deux choisissait la toile de l'autre qui en principe l'intéressait le plus. Matisse et Picasso choisirent et l'un et l'autre la toile de l'autre qui, sans aucun doute, était la plus faible de toute leur production. "
Matisse était très apprécié par Sarah la femme de Michael Stein et Gertrude avait beaucoup d'affection pour Picasso.
Un autre peintre espagnol entra dans la vie de Gertrude Stein Juan Gris. 
" Picasso dans ses premières toiles cubistes, mettait des lettres d'imprimerie, et Jan Gris le faisait aussi, pour établir une relation fixe entre la surface peinte et un élément stable ; la lettre d'imprimerie fournissait l'élément stable. "

" Ce fut alors que Juan Gris, un jeune homme gaucheet expansif, arriva de Madrid pour s'installer à Paris, et se mit à appeler Picasso "cher maître" au grand dépit de Picasso . "
Mildred Aldrich

Mildred Aldrich a longtemps vécu en France . Elle a fait connaître aux américain Maeterlinck.  Elle était très amie avec Gertrude. Elle s'intéresse à son oeuvre littéraire. Elle appréciait la peinture de Picasso et de Matisse
Mildred Aldrich était au début de la cinquantaine une femme forte et vigoureuse , avec un visage à la George Washington des cheveux blancs, des vêtements et des gant d'une fraîcheur admirable ; une personnalité frappante et très attirante"


Roger Fry

Roger Fry est passé aussi rue Fleurus en compagnie de Clive Bell. "Roger Fry était toujours charmant, charmant comme invité, charmant comme hôte."Quand Gertrude et Alice séjournaient à Londres, elles allaient voir Roger Fry entre autre.  Elles se réfugient ensuite à Palma de Majorque pendant les deux premières années du conflit. Gertrude, apprend à conduire afin de pouvoir acheminer des médicaments dans les hôpitaux du sud, l’usage de l’automobile s’allie à un incroyable sentiment de liberté. Elle et Alice rentrent à Paris après la guerre. La vie a changé à Paris, la rue de Fleurus se tourne du côté de la personnalité de Gertrude  et des écrivais. Sylvia Beach, une américaine fait la connaissance de Gertrude Stein. Hemingway a été un grand admirateur de Gertrude Stein. 
"Je me rappelle très bien l'impression que me fit Hemingway ce premier jour. C'était alors un jeune homme d'une beauté extraordinaire, il avait vingt trois ans."
Les deux américaines découvrent le Bugey en se rendant dans le Midi pour rejoindre Picasso. Elles multiplient les séjours à Belley, où elles louent une maison à Billignin, puis à Culoz à partir de 1943. Elles passent ainsi six mois par an dans le Bugey jusqu’à la mort de Gertrude Stein en 1946." Nous découvrîmes aussi que Lamartine avait été à l'école de Belley, et Gertrude Stein prétend que partout où Lamartine a séjourné on mange bien. "
Le livre de Gertrude Stein The making of American (Américains d'Amérique) imprimé par Darantière à Dijon.Une belle lecture d'une époque d'un milieu artistique, d'une grande richesse intellectuellement, c'est aussi l'histoire d'une belle amitié entre deux femmes. Dans la vie de Gertrude Stein la nourriture des lettres tenait une grande place aussi bien que la cuisine les bon petit plat préparé par Hélène mais aussi par Alice. "Hélène passait les samedis soir chez elle avec son mari, c'est à dire qu'elle était toujours prête à venir si nous avions besoin d'elle, mais souvent lui disions de ne pas se déranger. J'aime faire la cuisine, je suis une très bonne cuisinière improvisée, et de plus Gertrude Stein aimait de temps en temps me voir faire des plats américains. Un dimanche soir, j'étais absorbée par la préparation d'un de ces plats, et quand ce fut fini, j'appelai Gertrude Stein et lui dis de quitter l'atelier et de venir dîner."

   Dans ce texte de souvenir, l'on retrouve l'esprit de Paris est une fête mais aussi un lien avec Passage de l'Odéon de Laure Mura

lundi 18 septembre 2017

TRUMAN CAPOTE : Les domaines hantés

Traduction M.E Coindreau

Les domaines hantés est son premier roman publié en 1948. Et, il fait référence à sa propre enfance. 

Joël, un petit garçon de douze ans qui n'a jamais connu son père parti pour on ne sait quelles mystérieuses aventures, est un jour rappelé auprès de lui.  " Il était trop joli, trop délicat, la peau trop blanche, tous ses traits nettement dessinés, respiraient la sensibilité, et une tendresse féminine adoucissait ses yeux qui étaient bruns et très grands. Ses cheveux châtains, coupés courts, étaient striés de mèches d'un blond pur." Ce père, qu'il a le plus grand désir de voir enfin, habite maintenant le Landing, une vieille maison perdue au fond d'une contrée lointaine... Joël est un enfant abandonné, livré à lui même. Une fois arrivée à destination, il est accueillit par Miss Amy, le cousin Randolph et la jeune servante noire, mais pas son père, hélas ! Ce cousin Randolph perdu dans ses souvenirs. Joël va se lier d'amitié avec   Ibabel et Florabel, deux soeurs de son âge, l'une est un véritable garçon manqué . 
Le mystère de son père le hante, Joël va enfin le rencontré paralysé au fond d'un lit. 

Une ambiance très mystérieuse plane jusqu'au bout, elle est vue à travers les yeux d'un enfant. Les personnages sont attachants et Capote sait parfaitement rendre compte des sentiments humains.

mardi 5 septembre 2017

HARPER LEE : Va et poste une sentinelle

Traduction Pierre Demarty

Après ma relecture de "Ne tirez pas sur un oiseau moqueur", j'ai eu envie de lire ce roman de Harper Lee. C'est la suite publié en 2015, où l'on retrouve Jean Louise. Elle a grandit et elle a fait sa vie à New-York. L'oiseau moqueur était le roman de l'enfance, celui là c'est le passage de l'adolescence à l'âge adulte. Pour la petite histoire ce roman " Va et poste une sentinelle" a été écrit avant l'oiseau moqueur.

"Tu es daltonienne, Jean Louise, dit-il. Tu n'as jamais su distinguer les couleurs et tu ne les distingueras jamais. Les seules différences que tu remarques, d'un être humain à un autre, concernent l'apparence, l'intelligence, le caractère, des choses comme ça. Personne ne t'a jamais incité à regarder les gens en termes de races, et aujourd'hui encore, alors que c'est devenu la question brûlante du jour, tu demeures incapable de penser en termes de races"

Milieu des années 1950. Jean Louise Finch, dite «Scout», est de retour à Maycomb, sa petite ville natale de l'Alabama, pour rendre visite à son père, Atticus. La nation se déchire autour des questions raciales. Il est intéressant de constater que la petite Scout (comme bien souvent les enfants) voyait son père Atticus, avocat défenseur d'un noir innocent, comme un héros. 
Dans ce roman là, Jean-Louise a un autre regard sur son père, elle le critique, elle découvre un père raciste.
Après avoir trouvé par hasard, parmi les livres de chevet d'Atticus, un fascicule raciste, Jean Louise l'a surpris prenant la ­parole lors d'une réunion d'une association locale de défenseurs de la suprématie blanche. La personnalité d'Atticus est complexe et elle a l'image de celle du pays. Calpurnia est une femme noire, très dévouée, elle a joué un rôle de mère auprès de Jem et Jean Louise. "Jean Louise n'avait jamais connu sa mère, elle n'avait même aucune idée de ce qu'était une mère, mais celui ne lui manquait pour ainsi dire pas. Durant son enfance, jamais elle ne s'était sentie incomprise ou traitée avec maladresse par son père, sauf une fois à onze ans, le jour, où , rentrant de l'école pour déjeuner à la maison , elle sentit du sang couler entre ses jambes."
Un roman, une lecture  passionnant qui décrit une Amérique complexe. 

lundi 4 septembre 2017

ROBERT MULLIGAN : DU SILENCE ET DES OMBRES

Il y a quelques années, j'avais lu  ce roman et j 'avais été un peu déçu, pas conquise. Je lui ai donné une deuxième chance dans le cadre du mois américain voir ici . Il se trouve j'ai eu la possibilité de voir son adaptation : " Du Silence et des ombres" de Robert Mulligan avec Grégory Peck. Le film se déroule en 1932 dans le sud en Alabama. 
 Dill, l’ami de Scout et Jem, est directement inspiré par le petit voisin qu’affectionnait Harper Lee quand elle était petite, Truman Capote.
Ce film décrit à merveille le monde de l'enfance, ses espoirs et ses peurs. L'enfance pour Robert Mulligan est un voyage initiatique. 
On retrouve dans ce film en noir et blanc l’ambiance de La Nuit du chasseur de Charles Laughton.Ensuite, le récit dévie et Du silence… devient un film de procès (les ombres)  Le père des enfants, Atticus (Gregory Peck, qui obtint un oscar au passage), va devoir défendre un ouvrier agricole noir accusé d’avoir violé une jeune fille blanche.
Les trois enfants, lors de ce procès, vont découvrir à la fois la violence dont les hommes et la société peuvent se rendre coupables, et la noblesse morale d’un père qu’ils connaissaient au fond très mal." 
Notre père ne faisait rien. Il n’était pas fermier ni garagiste ni quoi que ce soit susceptible de soulever l’admiration. Il ne faisait pas ce que faisaient les pères de nos camarades : il n’allait jamais à la chasse ni à la pêche, il ne jouait pas au poker, ne buvait pas, ne fumait pas. Il restait à lire au salon. Pour autant, il ne passait pas aussi aperçu que nous le souhaitions : cette année-là, l’école bourdonnait de discussions sur le fait qu’il allait défendre Tom Robinson et ce n’était jamais pour en dire du bien. On se donnait le mot : « Finch est l’ami des nègres ! »



dimanche 3 septembre 2017

HENRY JAMES : Les Bostoniennes

Traduction de Jeanne Collin-Lemercier

"Quand je jette un regard sur le monde et que je vois ce que les hommes en ont fait, je ne peux m'empêcher de me dire : "Si c'était les femmes qui avaient mis le monde dans cet état, je me demande ce que les hommes penseraient."Quand je vois la misère affreuse de l'humanité, quand je pense à la souffrance qui à toute heure, à tout instant étreint le monde, je me dis : "Si c'est là tout ce qu'ils sont capables de faire par eux-même, ils feraient mieux de nous laisser leur montrer ce que nous femmes savons faire."Nous ne réussirions jamais à faire plus mal qu'eux, qu'en pensez-vous ?"
 Ce roman féminisme se déroule entre Boston et New York à la fin du XIX ième siècle. Olive Chancellor est une féministe convaincue.  Olive est sous le charme de la jeune Verena Tarrant, fille d'un guérisseur. Vérena est douée elle pour parler en publique avec beaucoup de charme.  " Je ne suis qu'une simple jeune fille, une petite Américaine de rien du tout, je n'ai pas beaucoup d'expérience, naturellement, et je ne connais pas grand chose de la vie."
Olive va  s'approprie ce talent brut et éduque, forme et instruit Verena pour la mission à laquelle elle la destine: être la porte-parole des féministes. Olive va invité  un lointain cousin , Basil Ransom, sudiste et conservateur à une réunion de suffragette où la jeune Verena est présente .  Pour la première fois, elle se trouve dans l'obligation de faire un discours très éloquent. Son auditoire est émerveillé par cette jeune fille pure et innocente. 
Il est immédiatement  sous le charme de Verena aussi. Il est un jeune et intelligent avocat du Mississippi, il est venu s'établir à New York pour exercer son métier d'avocat. 

C'est un roman sur le combat féministe face au masculin oppressant. C'est une lutte entre Olive, la bostonienne et son cousin le conservateur du sud. Verena est tiraillée entre les sentiments naturels, ceux de l'amour et les sentiments imposés ceux des idées sur le féminisme. Ce gros roman de James est d'une incroyable modernité !




James Ivory a réalisé une adaptation de ce roman d'Henry James, très réussit et fidèle au roman. 
Interprétation : 
Christopher Reeve : Basil Ransome
Vanessa Redgrave : Olive Chancellor
Madeleine Potter : Verena Tarrant




samedi 2 septembre 2017

CARSON McCULLERS : Reflets dans un oeil d'or

Traduction par Pierre Nordon

 "Il y a un fort, dans le Sud, où il y a quelques années un meurtre fut commis. Les acteurs de ce drame étaient deux officiers, un soldat, deux femmes, un Philippin et un cheval.".

Un roman brûlant et sublime ! 

Au début du siècle dernier, dans une garnison isolée du sud des Etats-Unis, le hasard tisse entre deux femmes et trois hommes des relations singulières. ce roman bref et dense dévoile les mécanismes d'un drame imputable moins au hasard des situations qu'à la psychologie des personnages et aux ressorts inconscients qui inspirent souvent notre conduite à tous.

"Reflets dans un œil d'or"
 dévoile les mécanismes d'un drame, au hasard des situations qu'à la psychologie des personnages, c'est un roman  époustouflant. C'est son deuxième roman à Carson McCullers après " Le coeur est un chasseur solitaire. "   Ce roman a sa sortie à beaucoup choqué. " Mon père de rage, a jeté le livre à travers le salon, alors qu'il était en train de lire ."" Un soir à Columbus, où était Carson au moment de la publication de Refet, un membre du Ku Klux Klan a appelé chez ses parents pour lui intimer l'ordre de quitter immédiatement la ville si elle ne voulait pas qu'il lui arrive quelque chose." Josyane Savigneau : Carson McCullers un coeur de jeune fille


"Ce huis clos dans une caserne, en temps de paix  - marqué par l'attirance mortelle du capitaine Penderrron pour le soldat Williams, par la personnalité de la femme du capitaine , excellente cavalière qui subjugue les soldats et pathétique Alison Langdon, épouse du commandant - commence ainsi : "une garnison en temps de paix est un lieu monotone."

Josyane Savigneau : Carson McCullers un coeur de jeune fille 


Reflets dans un oeil d'or, le film de John Huston  se déroule en extérieur, la plus part du temps, mais fidèle au roman est aussi un huis clos étoufant. 

Liz Taylor est Leonora Penderton, l'épouse libérée du capitaine Penderton interprété par Marlon Brando. Elle ne se gêne pas pour tromper son mari   avec le commandant Langdon. La femme de ce dernier interprété par Julie Harris vient de perdre un enfant en bas âge . Elle est dépressive . A son chevet, un serviteur d'origine philippine, veille sur elle jour et nuit. Son prénom, Anacleto. Un jeune home, le soldat Williams va s'introduire dans la vie de Leonora et Penderton, tel un chat.
Le capitaine Penderton se découvre  être aussi un personnage étrange, il a une mystérieuse attirance pour le jeune soldat. S'agit-il d'homosexualité refoulée ? est-ce sa femme qu'il cherche à conquérir par le truchement du corps de celui qu'il soupçonne d'être devenu son amant. 
Un film et le roman sont vertigineux, brillants. 




Le film comme le livre a beaucoup choqué à sa sortie, le film a fait scandale. 

Josyane Savigneau : Carson McCullers un coeur de jeune fille 



"Le 27 septembre, Lantz et Huston se retrouvent, tristement, à une projection de Reflets dans un oeil d'or, qui va sortir le 11 octobre. La salle est brutalement envahie par des prêtres et des membres de la Ligue nationale pour la décence . Le film est magnifique. Du grand Huston. Sans aucun sentimentalisme Tendu. Elliptique. Secrètement violent. Brando à son sommet. "